« ONE HEALTH » Une seule planète, une seule santé !

Réclamée par de nombreux experts, la récente nomination d’un spécialiste de la santé animale au conseil scientifiquefrançais sur le Covid-19 est un symbole fort de la nécessité de conjuguer les compétences pour prévenir les maladies nouvelles dont l’émergence se multiplie et qui sont à 75%  zoonotiques (= issues du monde animal). Les virus, bactéries et parasites « sautent » la barrière d’espèces pour infecter l’être humain, souvent en effectuant une étape sur des animaux domestiques. D’où le concept « One Health », né au début des années 2000, avec l’objectif d’associer toutes les disciplines scientifiques autour de la santé. 

Le siècle qui commence semble voué à une épidémie de pandémies 

En 2003 émergeait en Chine le premier SARS-CoV-1 à l’origine du « syndrome respiratoire aigu sévère », ou SRAS. En 2009-2010 apparait au Mexique la grippe A (H1N1), dite « grippe porcine », élevée au rang de pandémie par l’OMS et qui sévit depuis dans le monde entier.
En 2012 le MERS-CoV surgit en Arabie saoudite puis s’étend à plusieurs autres pays du Moyen-Orient. On le retrouve également en Corée du Sud.
En 2013 en Polynésie puis en 2015 au Brésil, la fièvreZika fait des ravages.
En 2014, l’Afrique de l’Ouest subit la plus grande épidémie de fièvre Ebola jamais encore connue dans le continent.

En octobre 2019 l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) alertait : « On estime à 1,7 million le nombre de virus ‘non découverts’ actuellement présents dans les mammifères et les oiseaux, dont 827 000 pourraient avoir la capacité d’infecter les êtres humains.« 

La mission de l’Ipbes est de renforcer les connaissances qui serviront de fondement à la formulation de meilleures politiques pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité, le bien-être à long terme des populations et le développement durable. Dans le domaine de la biodiversité l’Ipbes est comparable au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dans le domaine du changement climatique. Cet organisme a été créé en 2012 car il a été reconnu qu’une cause importante des nouvelles maladies humaines était la perte de la biodiversité.

Toutes ces pandémies ont pour origine des microbes portés depuis toujours par des animaux, mais elles doivent leur émergence à l’intensification des activités humaines. Les changements dans la manière dont nous utilisons les terres, l’expansion et l’intensification de l’agriculture, ainsi que le commerce, la production et la consommation non durables augmentent les contacts entre la faune sauvage, le bétail, les agents pathogènes et les êtres humains. C’est un chemin qui conduit droit aux pandémies, explique le rapport final de l’IPBES.

Dans une nature vierge, ou peu perturbée par les activités humaines, une forme d’équilibre se maintient entre la faune sauvage et les microbes (virus, bactéries et parasites) dont elle est porteuse. On appelle cela l’effet de dilution. « Une forte biodiversité permet de ‘diluer’ les microbes dans la variété des espèces sauvages »

« Aux  États-Unis on voit progresser  rapidement la maladie de Lyme,transmise par les tiques, dans les États où la biodiversité est la plus détruite.  La fièvre du Nil occidental, arrivée aux États-Unis à la fin des années 90 et transmise par des moustiques aux oiseaux avant le passage au cheval et à l’homme, se répand beaucoup moins vite dans les états qui conservent la plus riche diversité d’oiseaux. Le virus Ebola en Afrique se propage tout particulièrement dans les zones déforestées, car les chauve-souris originaires des écosystèmes forestiers sont contraintes de se déplacer de plus en plus près des villages c’est là que se fait la transmission à l’homme, puis la transmission interhumaine prend le relais. »

Par ailleurs, avec la mondialisation, virus ou de bactéries se propagent dans le monde à la vitesse des transports contemporains qu’il s’agisse de voyageurs ou de marchandises.

Ce sont les activités humaines dans leur ensemble qui constituent le cocktail déclencheur de l’émergence des zoonoses et par voie de conséquence, des pandémies. Ces pandémies risquent donc d’être de plus en plus nombreuses à l’avenir. Ce concept de One Health, se heurte encore à un problème de déploiement sur le terrain. Il est inégalement mis en place. Or les virus, tout comme les polluants, ne connaissent pas de frontières.